J’ai regardé mercredi soir l’émission "les infiltrés" sur France 2. Le reportage en caméra cachée, quoi qu’en dise le syndicat des journalistes, est le seul moyen de constater la réalité !
En faisant de la formation à l’intérieur des établissements (analyses de pratiques professionnelles, démarche de projet, démarche qualité) j’ai observé des faits similaires, j’ai entendu les témoignages des professionnels qui bien souvent n’ont pas ou peu conscience de leurs attitudes et comportements négligents, maltraitants (l’analyse de pratiques permet d’analyser les faits de voir ce qui ne va pas au regard des valeurs, des savoir faire et des savoir être).

Un de mes anciens étudiants et ami présent sur le plateau m’a permis de visionner des faits de maltraitance particulièrement grave, des images plus dures, voire insoutenables, qui justifièrent en leur temps un dépôt de plainte chez le Procureur de la République et sur lesquels la justice doit statuer. Je salue la journaliste « infiltrée » pour son courage, le respect de la pudeur et de la dignité des personnes filmées.
Nous avons vu essentiellement la maltraitance physique, le défaut de soins, les humiliations mais il y a les autres formes de maltraitance …. Les auteurs des livres « on tue vos vieux » et « on achève bien vos vieux » par leur courage et les témoignages très forts ont permis que les choses bougent. Ils ont travaillé avec Philippe BAS ministre de la santé du gouvernement VILLEPIN. C’est ainsi que des décrets et autres textes sont nés de partenariats entre la santé et la justice dont le mandat de protection future.
Je dois signaler le courage politique de Valérie LETARD qui contraint tous les établissements accueillants des personnes âgées à signer une convention tripartite. Il n’y a pas eu de report de la date butoir du 31 décembre 2007. La cohérence entre les paroles et les actes vaut que l’on souligne sa pugnacité pour en finir avec les « mouroirs » pour permettre aux résidents des EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) de pouvoir prétendre à un service de qualité.
Je ne rentrerai pas dans le discours de politique politicienne de PASCAL CHAMPVERT qui demande plus de moyens pour plus de personnel (dans le reportage le manque de personnel est patent). Le personnel et les moyens supplémentaires ne résolvent pas tous les problèmes ! Les moyens sont considérables et qui font que l’on « va dans le mur » la dépendance a un cout exorbitant qui fait craindre la faillite du système avec des prévisions démographiques qui prévoient que les vieux seront 25% de la population et que les personnes dépendantes doubleront !!! (les démographes ont oublié que des traitements efficaces permettront d’éradiquer la maladie d’Alzheimer)
Une réorganisation du système s’impose, permettant plus de souplesse (le conventionnement tripartite a permis une amélioration de la qualité c’est positif et répartit les financements : hébergement à la charge de la personne âgée, sa famille ou l’aide sociale, la dépendance financée par le conseil général, les soins la DDASS / Sécurité sociale). Ce système calqué sur l’organisation des hôpitaux est très rigide.
Ce manque de souplesse est accentué par le choix de directeurs par les conseils d’administration qui privilégient le statut de gestionnaire (rentabilité des fonds de pensions dans le privé, ou organisation hospitalière dans le public) avant celui d'humaniste qui se pose la question du sens de la vieillesse et de la mort (la gestion est un outil indispensable). Ces directeurs fuient le contact avec les vieux, on ne les voit jamais dans les services, d’où ces dérives maltraitantes qu’ils pourraient voir et entendre. Le métier de directeur est très difficile soumis à des contrôles permanents.
Si je veux forcer le trait je dirai que l’EHPAD est une « structure maltraitante » de par le fait qu’elle coupe le vieux de sa vie de ses repères etc.….Mais c’est un autre débat. (pensez vous qu’il soit normal de finir sa vie dans un espace de 12 à 20m2 que l’on partage avec un inconnu parfois comme on l’a vu hier soir ? où il n’y a rien de personnel ?
L’EHPAD favorise la dépendance, accélère la perte d’autonomie, par la mise en fauteuils pour éviter les chutes à causes des problèmes de sécurité, alors qu’il faut les faire se tenir debout et marcher afin que le cerveau enregistre le schéma corporel et l’orientation dans l’espace ! On fait les choses à la place on ne peut même plus faire sa toilette à son rythme, on met des protections qui favorisent l’incontinence, plutôt que d’accompagner la personne aux toilettes sans compter que ces protections coutent très cher et sont très polluantes en terme d’environnement etc.…..Ne sommes nous pas entrain de marcher sur la tête !
Vivre à domicile c’est ce qui est préférable et souhaité par 99% des personnes. La maltraitance existe comme en témoignent les appels reçus au 3677 ou Alma ils sont plus nombreux que ceux des personnes en EHPAD (qui à cause de leurs pathologies sont rarement en état d’appeler !).La maltraitance à domicile renvoie à des situations allant de la négligence à la violence, physiques psychologiques, financières…. La maltraitance est souvent due à l’absence d’encadrement formé à l’accompagnement gérontologique, à l’absence de contrôle. J’aurai l’occasion de développer prochainement le sujet de l’aide à domicile. En ce qui concerne les personnes vivant à domicile, le problème survient lorsqu’elles sont hospitalisées. Les hospitalisations tendent à être de courte durée et c’est très bien, mais cela laisse peu de temps pour organiser un retour à domicile, c’est ainsi qu’elles se retrouvent dans les moyens séjours où leur état se dégrade d’où cet engrenage infernal qui les conduit à l’EHPAD !
Pascal CHAMPVERT réclamait hier soir au moins 100000 places supplémentaires qui sont sans doute justifiées ! Mais que ferons-nous de tous ces établissements lorsque dans un avenir très proche la maladie d’ALZHEIMER sera soignable ? Les fonds de pension américains qui ont beaucoup investi dans les structures privées de grands groupes européens vont se sentir encore plus mal qu’aujourd’hui avec la crise financière !!! Ne serait –il pas temps d’avoir une vraie réflexion sur la vie après l’activité professionnelle, le bien vieillir, la fin de vie et tout ce que cela induit ?
Depuis l’après guerre la vieillesse a servi les politiques de l’emploi :les services à domicile, services à la personne ont été crées afin de pallier le chômage des personnes sans ou avec peu de qualification ! Est-ce que l’on fait des professionnels compétents avec des gens qui sont eux-mêmes en grande difficulté d’insertion par manque d’éducation de culture, maltraités parfois, humiliés souvent. etc….Prendre soin de quelqu’un n’est pas inné ! La maltraitance en est la conséquence. Je dis chaque année à mes étudiants « pour que les vieux dont vous avez la responsabilité dans vos différentes fonctions soient bien traités il faut que le personnel soit bien traité ».
En amont cela veut dire : que la personne âgée est considérée comme sujet de choix et de décisions (droit au choix, droit au risque.) qu’il faut réfléchir à «quel accompagnement des personnes âgées ou handicapées, quelle organisation mettre en œuvre pour atteindre les objectifs d’accompagnement fixés, quel environnement quelle architecture pour que la vie puisse s’achever sereinement ? Les projets, de vie, d’établissement, de soins ne sont pas l’apanage des directeurs et des cadres seuls, les actions doivent être menées en partenariat dans une démarche pluridisciplinaire. Mais dans bien des cas le personnel n’a connaissance du « projet »que lorsque celui-ci est terminé, c’est « un document incantatoire » que le personnel ne s’est pas approprié ; quel gâchis ! La loi de 2002 est appliquée dans la forme pas dans le fond.
Je conclurai ce billet d’humeur en rappelant que chaque professionnel doit viser un accompagnement de qualité qui préserve l’autonomie et permet à la personne quelque soit son état de rester un humain parmi les humains.
Bibliographie
On achève bien nos vieux, de Jean-Charles Escribano - Oh Editions avec France Info 2007
On tue les vieux, de Christophe Fernandez, Thierry Pons, Dominique Predali, Jacques Soubeyrand - FAYARD 2007
Pour aller plus
La ligne téléphonique du 39 77, numéro national d’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées victimes de maltraitance, est ouverte depuis le 5 février 2008

Commentaires
Bravo j'approuve l'initiative de caméra cachée, car sans cela on s'applique à tout dissimuler. Les résidents et la famille ne peutvent pas se plaindre compte tenu des risques de représailles. Je viens soutenir vos reportages par une situation que je vis avec ma mére actuellement, voir courrier ci aprés.
Mademoiselle la Directrice,
Vous avez en pension Mme ......, notre maman, âgée de 90 ans et suite à la chute fatale du dimanche 9 novembre (col du fémur cassé) nous voulons témoigner de ce qui se passe dans la Maison de retraite .........................afin que la réalité des faits reprochés permettent d’améliorer le séjour des résidents et que les cadres dirigeants et employé(e)s mesurent les conséquences de leurs actes. Pour situer les moyens financiers, il faut noter que la pension est fixée à environ 2200 € mensuels et notre participation est de 500€ chacun, auxquels il faut ajouter les visites journalières de ma sœur et les miennes 8 jours tous les 2 mois en venant de ......... ou je réside.
Le site de la Maison de Retraite médicalisée est agréable, vivant et l’accueil est présenté sous forme de parade des pensionnaires, seules les parties cachées sont le terrain d’actions du personnel qui posent problèmes par manque de formation et/ou motivation et dissimulation des actions ratées. Notre mère à fait plusieurs chutes avec des blessures dont une à l’épaule droite déboitée depuis 1 an (elle ne peut plus se servir de sa main droite), elle est invalide à 100% depuis sa dernière AVC et installée la journée dans un fauteuil coquille. Il serait trop long de s’étendre sur des défauts de service, médicaments trouvés dans le lit, couches pleine, les responsables refusent de reconnaître leurs erreurs car surchargés de travail, les sonnettes sont en action et les voyants au rouge; pourtant vous étiez prévenus par ma sœur, qualifiée de « pénible », quand elle surprenait une aide soignante ordonnant à ma mère de se tenir à la barre sur un ton agressif, alors qu’elle n’a aucune force et qu’il faut 2 personnes pour la soutenir.
La chute de ce dimanche matin 9 Novembre 2008 dans la salle de bain n’a pas de témoin hormis l’unique aide soignante essayant de soutenir notre mère et qui tombe avec elle dans les toilettes, elle a expliqué être seule contrairement aux consignes données, la famille n’a pas été prévenue de cet accident, de la pommade sur la douleur a été passée; en matière de suivi médical c'est léger.
Quand l’après midi ma sœur rend visite notre mère, elle la trouve blême, nez pincé, dans un état de souffrance excessive, se plaignant de la hanche, elle est donc allée voir la responsable, celle-ci explique une chute sans gravité; ma mère demande à aller aux toilettes et dans la manipulation par les aides soignantes ma mère crie et hurle sa douleur de la hanche, ma sœur invoque la faute de non assistance à personne en danger, cette responsable appelle SOS médecin mais en précisant de façon hostile « c’est pour vous Madame .........que je fais venir SOS médecin». Ma sœur a accueilli le médecin et c’est à l'instant que la responsable lui interdit d’assister au diagnostic, en lui ordonnant de sortir de la chambre, ma sœur a alors insisté et a obtenu l’accord du médecin pour entendre le diagnostic qui était sans surprise : il faut passer une radio de la hanche en urgence.
Le médecin parti, la responsable des infirmières juge que l’urgence peut attendre le lendemain lundi à 14h, en expliquant « que voulez vous à cet âge là il n’y a rien à faire Madame ........... » et de préciser que demain il sera interdit à ma sœur d’accompagner sa mére dans l’ambulance. A la vue des souffrances et considérant le barrage aux informations qui se mettaient en place ma sœur est allée voir directement le radiologue qui diagnostique le col du fémur cassé en biais il faut conduire maman à l’hôpital tellement les douleurs sont intenses.
Ce lundi matin je téléphone à la direction de l’établissement pour comprendre cette situation ou sa responsabilité est engagée pour non protection d’une personne vulnérable. On me signale que cette personne est en congés, j'obtiens un contact avec la coordinatrice ignorant la situation, celle-ci me précise que si elle souffre de la hanche c’est certainement dû à l’arthrose. Je rappelle à 15h45 pour avoir confirmation du transfert en urgence de notre mère vers l’hôpital « .........», on ne peut rien me dire de mieux, sur les circonstances de l’accident.
Ce lundi soir les chirurgiens n’ont pas le choix, ils vont tenter une opération chirurgicale du fémur car la douleur est difficilement supportable pour tous les humains mais pire pour une personne de 90 ans.
Il faut souhaiter qu’elle survive à cette opération et bien entendu devant la gravité que peuvent entrainer ces manquements sur la santé et la vie de maman nous avons d’ore et déjà pris contact avec un avocat; nous espérons de tout cœur que son retour à la Maison de retraite ne posera aucun problème et que ce courrier permettra de résoudre la situation de prévention en la mettant à l’abri de tout risque et danger.
Après tant de souffrances inutiles je veillerai à ce que maman bénéficie des meilleurs soins, que la confiance et la sérénité reviennent dans ma famille et que ma sœur soit reconnue comme une personne normalement constituée et que cessera toutes les humiliations organisées déjà pressenties lors de mes entretiens avec le personnel de votre Etablissement du 1er au 8 novembre 2008.
En conséquence nous attendons les explications que vous voudrez bien nous donner.
Dans l’attente, nous vous transmettons, Mademoiselle la Directrice, mes meilleures salutations