Un de mes anciens étudiants et ami présent sur le plateau m’a permis de visionner des faits de maltraitance particulièrement grave, des images plus dures, voire insoutenables, qui justifièrent en leur temps un dépôt de plainte chez le Procureur de la République et sur lesquels la justice doit statuer. Je salue la journaliste « infiltrée Â» pour son courage, le respect de la pudeur et de la dignité des personnes filmées.

Nous avons vu essentiellement la maltraitance physique, le défaut de soins, les humiliations mais il y a les autres formes de maltraitance …. Les auteurs des livres « on tue vos vieux Â» et « on achève bien vos vieux Â» par leur courage et les témoignages très forts ont permis que les choses bougent. Ils ont travaillé avec Philippe BAS ministre de la santé du gouvernement VILLEPIN. C’est ainsi que des décrets et autres textes sont nés de partenariats entre la santé et la justice dont le mandat de protection future.

Je dois signaler le courage politique de Valérie LETARD qui contraint tous les établissements accueillants des personnes âgées à signer une convention tripartite. Il n’y a pas eu de report de la date butoir du 31 décembre 2007. La cohérence entre les paroles et les actes vaut que l’on souligne sa pugnacité pour en finir avec les « mouroirs Â» pour permettre aux résidents des EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) de pouvoir prétendre à un service de qualité.
Je ne rentrerai pas dans le discours de politique politicienne de PASCAL CHAMPVERT qui demande plus de moyens pour plus de personnel (dans le reportage le manque de personnel est patent). Le personnel et les moyens supplémentaires ne résolvent pas tous les problèmes ! Les moyens sont considérables et qui font que l’on « va dans le mur Â» la dépendance a un cout exorbitant qui fait craindre la faillite du système avec des prévisions démographiques qui prévoient que les vieux seront 25% de la population et que les personnes dépendantes doubleront !!! (les démographes ont oublié que des traitements efficaces permettront d’éradiquer la maladie d’Alzheimer)

Une réorganisation du système s’impose, permettant plus de souplesse (le conventionnement tripartite a permis une amélioration de la qualité c’est positif et répartit les financements : hébergement à la charge de la personne âgée, sa famille ou l’aide sociale, la dépendance financée par le conseil général, les soins la DDASS / Sécurité sociale). Ce système calqué sur l’organisation des hôpitaux est très rigide.

Ce manque de souplesse est accentué par le choix de directeurs par les conseils d’administration qui privilégient le statut de gestionnaire (rentabilité des fonds de pensions dans le privé, ou organisation hospitalière dans le public) avant celui d'humaniste qui se pose la question du sens de la vieillesse et de la mort (la gestion est un outil indispensable). Ces directeurs fuient le contact avec les vieux, on ne les voit jamais dans les services, d’où ces dérives maltraitantes qu’ils pourraient voir et entendre. Le métier de directeur est très difficile soumis à des contrôles permanents.

Si je veux forcer le trait je dirai que l’EHPAD est une « structure maltraitante » de par le fait qu’elle coupe le vieux de sa vie de ses repères etc.….Mais c’est un autre débat. (pensez vous qu’il soit normal de finir sa vie dans un espace de 12 à 20m2 que l’on partage avec un inconnu parfois comme on l’a vu hier soir ? où il n’y a rien de personnel ?
L’EHPAD favorise la dépendance, accélère la perte d’autonomie, par la mise en fauteuils pour éviter les chutes à causes des problèmes de sécurité, alors qu’il faut les faire se tenir debout et marcher afin que le cerveau enregistre le schéma corporel et l’orientation dans l’espace ! On fait les choses à la place on ne peut même plus faire sa toilette à son rythme, on met des protections qui favorisent l’incontinence, plutôt que d’accompagner la personne aux toilettes sans compter que ces protections coutent très cher et sont très polluantes en terme d’environnement etc.…..Ne sommes nous pas entrain de marcher sur la tête !

Vivre à domicile c’est ce qui est préférable et souhaité par 99% des personnes. La maltraitance existe comme en témoignent les appels reçus au 3677 ou Alma ils sont plus nombreux que ceux des personnes en EHPAD (qui à cause de leurs pathologies sont rarement en état d’appeler !).La maltraitance à domicile renvoie à des situations allant de la négligence à la violence, physiques psychologiques, financières…. La maltraitance est souvent due à l’absence d’encadrement formé à l’accompagnement gérontologique, à l’absence de contrôle. J’aurai l’occasion de développer prochainement le sujet de l’aide à domicile. En ce qui concerne les personnes vivant à domicile, le problème survient lorsqu’elles sont hospitalisées. Les hospitalisations tendent à être de courte durée et c’est très bien, mais cela laisse peu de temps pour organiser un retour à domicile, c’est ainsi qu’elles se retrouvent dans les moyens séjours où leur état se dégrade d’où cet engrenage infernal qui les conduit à l’EHPAD !

Pascal CHAMPVERT réclamait hier soir au moins 100000 places supplémentaires qui sont sans doute justifiées ! Mais que ferons-nous de tous ces établissements lorsque dans un avenir très proche la maladie d’ALZHEIMER sera soignable ? Les fonds de pension américains qui ont beaucoup investi dans les structures privées de grands groupes européens vont se sentir encore plus mal qu’aujourd’hui avec la crise financière !!! Ne serait –il pas temps d’avoir une vraie réflexion sur la vie après l’activité professionnelle, le bien vieillir, la fin de vie et tout ce que cela induit ?

Depuis l’après guerre la vieillesse a servi les politiques de l’emploi :les services à domicile, services à la personne ont été crées afin de pallier le chômage des personnes sans ou avec peu de qualification ! Est-ce que l’on fait des professionnels compétents avec des gens qui sont eux-mêmes en grande difficulté d’insertion par manque d’éducation de culture, maltraités parfois, humiliés souvent. etc….Prendre soin de quelqu’un n’est pas inné ! La maltraitance en est la conséquence. Je dis chaque année à mes étudiants « pour que les vieux dont vous avez la responsabilité dans vos différentes fonctions soient bien traités il faut que le personnel soit bien traité ».

En amont cela veut dire : que la personne âgée est considérée comme sujet de choix et de décisions (droit au choix, droit au risque.) qu’il faut réfléchir à «quel accompagnement des personnes âgées ou handicapées, quelle organisation mettre en Å“uvre pour atteindre les objectifs d’accompagnement fixés, quel environnement quelle architecture pour que la vie puisse s’achever sereinement ? Les projets, de vie, d’établissement, de soins ne sont pas l’apanage des directeurs et des cadres seuls, les actions doivent être menées en partenariat dans une démarche pluridisciplinaire. Mais dans bien des cas le personnel n’a connaissance du « projet »que lorsque celui-ci est terminé, c’est « un document incantatoire Â» que le personnel ne s’est pas approprié ; quel gâchis ! La loi de 2002 est appliquée dans la forme pas dans le fond.

Je conclurai ce billet d’humeur en rappelant que chaque professionnel doit viser un accompagnement de qualité qui préserve l’autonomie et permet à la personne quelque soit son état de rester un humain parmi les humains.


Bibliographie

On achève bien nos vieux, de Jean-Charles Escribano - Oh Editions avec France Info 2007

On tue les vieux, de Christophe Fernandez, Thierry Pons, Dominique Predali, Jacques Soubeyrand - FAYARD 2007

Pour aller plus

La ligne téléphonique du 39 77, numéro national d’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées victimes de maltraitance, est ouverte depuis le 5 février 2008